Le Crédoc a consacré un cahier de recherche à l'alimentation des seniors (65 ans et plus), afin de décrire et analyser leurs pratiques alimentaires (par rapport à celles de l'ensemble de la population), et de comprendre leurs besoins spécifiques liés à l'avancée en âge, plus particulièrement la dépendance culinaire en lien avec la solitude, et la place de l'"aidance" en matière d'alimentation.
L'étude repose sur l'analyse de données issues de la vague 2025 de l'enquête "Comportements et attitudes alimentaires en France" conduite régulièrement par le Crédoc depuis 1988.
Elle révèle les différences de pratiques alimentaires des seniors par rapport aux autres tranches d'âge : le contenu de leur assiette montre une fréquence plus importante de consommation de produits peu ou non transformés (fruits, légumes, produits laitiers), un moindre recours aux plats préparés ou à la restauration extérieure. La consommation de protéines, qui constitue un enjeu de santé important, si elle se montre similaire en termes de fréquence globale à celle des plus jeunes, est davantage tournée vers les produits laitiers, les oeufs et le poisson, au détriment de la viande et la volaille.
Les habitudes de consommation des seniors révèlent également une approche plus souvent marquée par des pratiques traditionnelles. L'alimentation est bien identifiée comme un levier de "bien veillir", avec une attention à l'impact de celle-ci sur le poids, ou sur les maladies cardio-vasculaires, malgré un "rapport plus distancié que la moyenne aux nouvelles sources d’information en matière de nutrition" (notamment le Nutri-score).
Les risques liés à l'alimentation sont accrus en cas de fragilité ou perte d'autonomie : l'étude souligne notamment l'enjeu de la dénutrition, liée souvent à une sous-estimation des besoins nutritionnels des seniors et à une réorganisation du rythme des repas (repas incomplets notamment le soir). Pour les personnes fragiles, les difficultés liées au vieillissement (difficultés à se déplacer, à préparer des repas, à mastiquer..) sont plus présentes et impactent davantage les choix alimentaires et le plaisir de manger. Ceux touchés par la solitude (42 % des femmes et 28 % des hommes) ressentent également moins d'appétence à manger et sont donc plus exposés au risque de dénutrition.
L'aide aux seniors dans le domaine alimentaire concerne le plus souvent les courses (généralement, par des proches). La préparation des repas est la tâche la plus souvent confiée à un professionnel (au domicile de la personne aidée, ou en cuisine centrale avec livraison des repas). 35 % des personnes aidées réchauffent des repas déjà préparés par autrui.
Les seniors, des mangeurs comme les autres ? Enjeux liés au vieillissement et à la dépendance / Crédoc, Gressier Mathilde, Villegas Lou .- in : Crédoc, n° C361, 01/04/2026, 75p., (Cahiers de recherche) - En ligne sur le site du Crédoc