Mayotte : évolution des entreprises mahoraises avant et après Chido [Etude IEDOM]

vendredi 27 février 2026
L'IEDOM a réalisé une étude thématique évaluant la situation conjoncturelle et financière des entreprises mahoraises, avant et après le passage du Cyclone Chido le 14 décembre 2024, afin d'apporter un éclairage sur les enjeux de stabilisation et de reprise économique à Mayotte.

Avant même le passage du cyclone, les entreprises mahoraises évoluaient dans un environnement marqué par une succession de crises (crise sanitaire, problèmes logistiques, insécurité grandissante, crise de l'eau, mouvements sociaux récurrents) ; pourtant, elles présentent une rentabilité élevée, un taux de marge remarquable et une structure financière globalement saine, même si l'étude note "la faible capitalisation des TPE qui représentent 95 % du tissu entrepreneurial mahorais". Certaines fragilités structurelles persistent : des difficultés de trésorerie récurrentes, des entreprises impactées par l'insularité dans leurs besoins de financement (forte dépendance aux importations, délais d'acheminement incertains, surstockage), des délais de paiement élevés. Durant l'année 2024, la situation économique et financière des entreprises s'est dégradée, mettant le tissu entrepreneurial sous tension.

Le passage de Chido a impacté matériellement toutes les entreprises du territoire, comme en témoignent les résultats d'une enquête spécifique menée par l'IEDOM au 1er trimestre 2025. Si 96,5 % avaient repris leur activité (au moins partiellement) fin décembre 2024, la majorité estimaient qu'il leur faudrait au moins 6 mois pour retrouver leur niveau d'activité d'avant-Chido. 
Le financement bancaire à court-terme est privilégié par les entreprises, qui le détournent à des fins d'investissement pour réparer les outils de production, en attendant la prise en charge par les assurances, dont les délais sont allongés. Au 4 novembre 2025, 4 476 entreprises ont également bénéficié de l'aide d'urgence CHIDO1, pour un montant total de 22,22 M€ ; plus de 1 500 demandes d'autorisation préalable d'activité partielle et 2 800 demandes d'indemnisation ont été validées, pour un montant total de 12,4 M€.

Aujourd'hui, l'économie mahoraise est portée par les travaux de reconstruction. L'activité du BTP, qui devait être le premier secteur à bénéficier de cette reconstruction, connaît actuellement un fléchissement, malgré des carnets de commandes toujours remplis. Les entreprises du secteur ont des niveaux de trésorerie très faibles et des charges d'exploitation en forte hausse. L'entrée en vigueur en janvier 2026 de nouvelles taxes sur les matériaux de construction importés hors UE devrait également avoir un impact négatif sur les entreprises du secteur, que l'insularité contraint souvent à importer des matériaux depuis des pays hors UE (coûts moins élevés et délais de fret plus courts que dans l'UE). L'activité commerciale évolue en dents de scie, impactant les trésoreries et les effectifs.

Si la loi d'urgence a apporté des mesures immédiates pour soutenir les trésoreries et éviter une vague de défaillances à court terme, la loi  de programmation de la refondation de Mayotte "crée les conditions d'un environnement économique plus favorable à moyen et long terme". L'IEDOM identifie cependant des enjeux de fond qui n'y sont pas traités, comme "la diversification économique, l'adaptation au risque climatique, la structuration des filières locales, la montée en compétence de la main-d'oeuvre et la convergence sociale".

Source(s) :

Cyclone CHIDO : Situation conjoncturelle et financière ex-ante et ex-post des entreprises mahoraises / IEDOM .- in : IEDOM, n° 858, 13/02/2026, 7p., (Etudes thématiques) - En ligne sur le site de l'IEDOM