Prospective emploi et compétences EDEC automobile [Etude OPCO 2i]
Depuis la crise Covid-19, le marché automobile français est au ralenti : près de 500 000 véhicules particuliers en moins depuis 2019. En moins de 20 ans, la production de véhicules en France a été divisée par plus de 2. Plus de 13 % des carrossiers affichent un résultat net négatif. Les difficultés rencontrées par les constructeurs ont impacté la production d'équipements automobiles : près d'un équipementier sur trois se trouve en situation de fragilité. La baisse de la production d'équipements automobiles en France est toutefois à nuancer : l'activité du secteur des "autres équipements" automobiles est en déclin structurel, la production d'équipements électriques et électroniques a quant à elle nettement progressé. Plus de 10 % des fournisseurs de l'automobile affichaient une perte nette en 2023.
Depuis 2007, environ 170 000 emplois salariés ont été détruits (sur les quelque 509 000 initiaux dans l'amont automobile). 39 000 l'ont été sur la période 2019-2024. Cette baisse des effectifs concerne surtout les constructeurs et les équipementiers de rang 1. Entre 2017 et 2023, les effectifs salariés de la branche Métallurgie ont reculé de près de 15 % contre 11 % dans la branche Caoutchouc et 10 % dans la branche Plasturgie. La région Bourgogne - Franche-Comté est la région la plus dépendante de l'amont automobile.
Au cours des 10 prochaines années, il n'y aura pas de vraie reprise du marché automobile en France et en Europe. En cette absence de reprise, l'emploi va poursuivre sa trajectoire baissière : - 17 % d'ici 2035, soit près de 56 000 postes. Le Grand Est, l'Île-de-France et la Normandie seront les régions les plus concernées par cette baisse des effectifs. En Hauts-de-France, un nouvel élan industriel est prévu en raison de l'implantation de plusieurs gigafactories et d'usines d'éléments clés (soit environ 16 000 emplois directs).
La réglementation CAFE (Corporate Average Fuel Economy) risque de peser lourdement sur les marchés français et européen des véhicules utilitaires légers (VUL). Les progrès des motorisations 100 % électriques seront insuffisants à l'horizon 2035 pour répondre aux besoins des acheteurs (compromis entre performance et prix).
D'ici 2030, 18 % des effectifs auront atteint l'âge de partir en retraite (29 % en 2035). "Les nombreux départs à venir concernent en grande partie les ouvriers qualifiés et les techniciens, détenteurs d'un savoir-faire souvent difficile à transmettre rapidement". La nécessité d'anticiper les recrutements, de renforcer les politiques de tutorat et de formation, et d'adapter les parcours d'intégration pour les jeunes recrues s'intensifient.
L'étude a effectué une analyse fine des 40 métiers (rechercher et concevoir, produire et réaliser, démanteler et recycler, installer et maintenir) les plus prioritaires pour l'amont automobile, qui a révélé une polarisation des besoins : d'un côté des profils émergents fortement technologiques comme les ingénieurs batteries, les développeurs logiciels ou encore les techniciens robotiques ; de l'autre, des métiers en tension chronique dans la production et la maintenance comme les soudeurs, les techniciens de maintenance ou encore les régleurs.
L'étude préconise la formation et la montée en compétences ; la transition et la reconversion ; la structuration et la préservation des savoirs ; une stratégie industrielle et la diversification.
[*] Etat, organisations professionnelles d'employeurs, fédérations professionnelles, organisations syndicales de salariés représentatives de la Métallurgie, de la Plasturgie et du Caoutchouc.